Parfois le hasard de la vie vous fait faire des rencontres extraordinaires. C’est ce qui m’est arrivé cette année puisque j’ai fait la connaissance d’Oumar, et je me propose de vous raconter son histoire.
Je n’ai pas vocation à faire du misérabilisme (je déteste ces prétendu philanthropes et moralisateurs en tous genres…), je veux simplement être le conteur d’une histoire qui mérite votre attention.

Mali

Avec des copains on avait l’habitude (déjà depuis l’année précédente) de travailler dans les salles d’enseignement dirigés (ED) libres. Ce sont des salles situées au niveau des étages du bâtiment principal de la faculté. Elles sont ouvertes à tout le monde à partir du moment où aucun cours/ED n’a été prévu. Pour vous représenter la chose, ce sont des salles de cours lambda, toutes simples : un enchevêtrement de tables et de chaises agrémentées d’un grand tableau noir.

C’est comme ça, pendant la période de révisions, que je suis venu à parler à ce fameux Oumar. Je le voyais souvent venir travailler avec acharnement dans les salles. Son labeur s’étalait sur des plages horaires amples, il mangeait même dans les salles avec des petits Tupperware en plastique. Un « fou du travail », comme on peut en trouver beaucoup en PACES.

Il m’a raconté son histoire : arrivé cette année en France, il avait fuit le Mali et sa guerre civile pour venir étudier la médecine en France. S’étant inscrit en faculté de médecine à Bamako, il avait fait 2 années blanche puisque la guérilla bloquait la pratique des cours.
Résultat, il s’est parachuté dans un pays avec l’un des concours de médecine les plus compliqué (230 places pour environ 1600 étudiants) du monde, avec un tas de démarches administratives à faire : vous connaissez comme moi le côté « simple » de notre administration déjà pour nous français, alors imaginez pour un étranger. On l’a quand même envoyé sur Orléans pour faire des tests médicaux.
Ajouté à cela, on l’a placé dans une chambre étudiante de 9 m2 à l’autre bout de la ville : bref, la république française ne lui facilitait pas du tout la tâche, aussi compliquée fut elle à la base.
Avec son français hésitant, il s’acharnait sur des cours de biologie cellulaire, de chimie organique… sans queue ni tête. Et moi je buvais ses paroles, empli d’admiration pour cet homme qui avait tant de courage.

Pour lui cet acharnement au travail était une nécessité. D’une part parce que les sciences le passionnaient, d’autre part parce qu’il n’avait pas le droit à l’erreur : sa mère était seule à élever ses enfants depuis la mort du père (officier de police victime de l’agitation dans le pays), et avait fait des sacrifices pour permettre à son fils de réaliser ses rêves.
Comme il me disait toujours avec son accent à couper au couteau et son français approximatif « je ne peux pas rentrer au pays sur un échec, je ne rentrerai que lorsque je serai capable de soigner les miens ».
C’est lorsque l’on entend ce genre d’histoire qu’on relativise sur notre situation, je me suis dit qu’à côté de lui mes conditions pour réussir étaient idéal. Qu’au final mon mérite n’est que minime.
Bref je dois garder  les pieds sur terre quoi qu’il m’arrive dans la vie et abandonner toute forme de pusillanisme.

Epilogue :
J’avais décidé de tout faire pour aider Oumar à réussir : en lui donnant des cours, des polys dont je n’avait pas utilité, des conseils en informatique (il venait d’acquérir un PC mais avait encore beaucoup de mal à le manier…)
Il réussit brillamment à passer le cap du premier semestre mais n’eut pas les notes nécessaires pour redoubler. Résultat des courses, le courage d’Oumar n’a pas faiblit : l’année prochaine il fait une faculté de biologie pour avoir suffisamment de crédit validés et pouvoir retourner en PACES.
En attendant il travail sur Paris pour gagner un peu d’argent, jusqu’au jour où il prêtera le serment d’Hippocrate. A ce moment là il saura qu’il est temps de retourner au pays auprès de sa famille.

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commentaires
  1. mixate dit :

    Je crois que ce serment a été remplacé par le serment médical…
    Mon prof de MTC me disait svt que la psycho n’est pas une matière obligatoire en médecine (surtout suite à mon annonce de diagnostique que tu connais et le manque de finesse de l’interne ou externe…)
    En tout cas l’histoire d’oumar m’a parlé car j’ai connu aussi un gars très bien barry, qui venait du Burkina et qui tous les soirs rentrait dans un foyer de SDF, pour la journée allez en cours informatique…
    Respect 😉 a des milliers de km de chez soit et être dans cette synergie de changement positif….
    Respect et tout plein de lumière pour toi oumar que je ne connais pas et a toi Barry que nos chemins seloignerent mais pas nos cœurs

    • TheCarabin dit :

      Hum non le serment d’Hippocrate (même si ce n’est pas celui d’origine, il a été légèrement modifié du coup certains ne l’appellent plus comme ça) existe toujours, et prêche justement bon nombre de principes éthiques qui sont malheureusement souvent transgressés.
      Un grand respect à ce Barry, dont le courage et la persévérance me rendent également admiratif.

  2. Joséphine dit :

    Merci du partage et beaucoup de respect pour la volonté d’Oumar!

  3. mooonalila dit :

    Impressionnant !… Ça fait réfléchir…

  4. Béné dit :

    Il y a malheureusement tellement d’Oumar autour de nous, qui travaillent durement et sans jamais se plaindre….
    J’espère que ton aide lui permettra de rentrer chez lui le plus rapidement possible pour aider les siens.

  5. landltee dit :

    Ça force le respect, bonne continuation à Oumar! Dommage que ce genre d’histoire soit rarement racontée, parce qu’assurément, il y doit y en avoir de nombreux « Oumar ». Merci pour ce partage 🙂

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