Il était 17h quand mon bippeur (téléphone portable) a sonné. Au bout du fil se tenait mon cadre supérieur de santé qui m’annonce qu’une patient vient d’être envoyé au bloc pour une réimplantation rénale. Avec gravité il me demande si je veux y assister. Pour rien au monde je ne manquerait à mon devoir. J’attrape ma blouse que je fourre dans mon sac et je fonce vers l’hôpital…

Chirurgie

Bon ok, j’ai complètement romancé la scène, loin d’être indispensable je n’ai fait qu’observer l’opération mais c’était juste trop énorme ! D’abord je me suis perdu dans l’immense dédale que représente le CHU, je suis monté jusqu’en néphrologie où une interne m’a indiqué le chemin. Ensuite j’ai dû sonner puis patienter 20 longues minutes devant les hublots séparant le monde des moldus de l’univers stérile du bloc.

Une infirmière très sympa est finalement venue m’ouvrir, puis je me suis préparé dans une grande salle remplie de casiers et de crocs de toutes les couleurs (oui, vous savez ces chaussures en plastique ultra-design). En franchissant chaque sas mon coeur battait de plus en plus fort… Jusqu’à la salle d’opération aux allures de séries américaines. Le chirurgien-urologue fit comme si je n’étais pas là (il ne m’a pas adressé la parole ni dit bonjour, pour lui j’étais Casper le fantôme). Par contre l’interne a été très sympa et m’a expliqué pleins de choses, comme si j’étais un autochtone et qu’il était mon traducteur vis à vis du grand manitou.
Bref, au début je n’ai pas su où me mettre, du coup j’étais en retrait pour ne pas gêner mais je voyais mal. En voulant m’approcher un petit peu, l’infirmière s’aperçut de ma présence gênante et me fit signe de prendre un petit marche pieds pour m’installer derrière le drap tendu et la tête de la patiente.

J’avais une vue superbe sur l’opération qui se déroulait sous mes yeux comme une pièce de théâtre avec des acteurs atypiques. Le chirurgien stressé et un peu pédant qui gueulait sur l’infirmière car les instruments « ne pleuvait pas », et pourtant il fallait voir l’infirmière s’activer. L’interne comme assistant modèle, une aide soignante qui gérait toute la logistique externe (écho Doppler, réapprovisionnement d’outils…), l’anesthésiste qui faisait des aller-retour entre la salle/le dehors, et enfin l’infirmier anesthésiste qui jouait sur son Ipad, assit dans un coin reculé de la pièce. Cela s’est déroulé sur plusieurs actes en 4h, et je dois dire que j’avais énormément mal aux jambes à la fin à faire le piquet sans bouger sur mon perchoir.

Le chirurgien maniait les instruments avec une agilité impressionnante, et surtout avec une vitesse d’exécution fulgurante. Il alternait le bistouris avec les pinces, puis changeait pour un écho Doppler de l’artère rénale, enchainait sur une imagerie à rayon dont je ne saurais dire le nom (je dû mettre une veste en plomb…) et finissait par recoudre différents points vasculaires à la manière d’un tisserand expert. Quel boulot ! Mais étrangement j’ai senti que la chirurgie n’était pas la voie que je souhaitais emprunter.

Le travail se termina vers 21h30 par l’intervention d’un néphrologue qui constata avec le chirurgien que la vascularisation du greffon était encore défaillante malgré tous les efforts fournis. Il fallait maintenant attendre le réveil de la patiente pour voir comment cela allait se passer avec le risque de devoir lui enlever son rein fonctionnel, et donc de la renvoyer vers une vie compliquée et sous contrainte de dialysée.
Crevé, je retournais me changer aux vestiaires… Il me fallait quitter la tenue bleue du bloc pour retourner casser la croûte chez moi tant mon ventre criait famine. En partant je croisais l’interne qui m’annonçait qu’il avait 20 minutes pour manger et qui enchainait sur une greffe de rein, avec le même chirurgien. Cette nouvelle opération allait se poursuivre jusqu’à tard dans la nuit.
Vie de malade au pays de la pathologie.

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commentaires
  1. Doc junior dit :

    Déjà je suis en stage infirmier et quand je vois les gardes des internes, ça fait peur…
    Moi après 8H sur un 22H-6H je suis crevé et eux c’est 24H voire plus, beaucoup plus.

    Pareil pour le chirurgien et l’interne dont tu parles, je ne veux même pas m’imaginer à leur place !

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